L'un des meilleurs débuts de roman que j'ai jamais lu, c'est dans Sang maudit, de Dashiell Hammett. Cet auteur a écrit des nouvelles et quelques romans noirs durant les années vingt. Si la Continental Op et le nom de Sam Spade évoquent plus de choses pour toi qu'un plat de spaghettis au gingembre, alors tu sais de qui je veux parler. Pour toi qui ne connait pas Dashiell Hammett et qui aime pourtant les romans noirs, qu'attends-tu pour le lire ? C'est du bon.
« C'était bien un diamant qui brillait dans l'herbe, à deux mètres environ du mur de briques bleues. Il était petit, à peiine un quart de carat, et sans monture. Je l'emportai et me mis à scruter la pelouse de très près, sans toutefois me mettre à quatre pattes. »
Pour la petite histoire, j'ai adapté une nouvelle de Dashiell Hammett (Le Grand braquage) pour un jeu de rôle que j'ai pompeusement créé avec des règles terribles. C'était une bonne idée de l'adapter. En revanche, quand je leur ai fait rencontrer le vrai Dashiell Hammett à l'époque où il travaillait pour la Pinkerton et juste avant qu'il ne la quitte pour écrire à plein temps, mes joueus n'ont pas percuté qui c'était, et découvrant qu'il enquêtait sur un paquebot à quai à la recherche de 200.000 $, ils ont failli s'embarquer pour l'Australie, ce que je n'avais pas prévu évidemment. J'ai été obligé de cadenasser de ce côté-là, et eux de ne pas m'en vouloir, merci. Mais tout ceci est une autre histoire... ce qu'il faut retenir c'est que Dashiell Hammett assure.
J'ajoute le début de la nouvelle Le Grand Braquage, parce qu'il est pas mal aussi : « Je trouvai Paddy le Mex dans la boîte de Jean Larrouy.
Paddy — un aimable repris de justice qui ressemblait au roi d'Espagne — me montra ses grandes dents blanches en un large sourire, repoussa une chaise pour moi du bout du pied et dit à la fille qui se trouvait à sa table :
Nellie, je te présente le seul poulet au cœur d'or de San Francisco. Ce petit gros ferait n'importe quoi pour n'importe qui, pourvu qu'en fin de compte il puisse l'expédier à l'ombre pour la vie. (Il se tourna vers moi, m'indiquant la fille avec son cigare.) Nellie Wade, et tu trouveras rien sur elle. Elle a besoin de travailler — son vieux est bootlegger.
C'était une fille mince vêtue de bleu — la peau blanche, de longs yeux verts, de courts cheveux châtains. Son visage morose s'anima, soudain embelli, lorsqu'elle me tendit la main en travers de la table, et nous nous mîmes à rire tous les deux, nous moquant de Paddy.
— Cinq ans ? demanda-t-elle.
— Six, rectifiai-je.
— Merde ! dit Paddy en souraint et en faisant signe à un garçon. Un jour quand même, j'arriverai bien à blouser un flic !
Jusqu'à présent, il les avait tous blousés — il n'avait jamais dormi en cabane. »
J'ai omis cela : San Francisco, les années vingt. Pour avoir lu Dashiell Hammett et quelques autres, je me suis embarqué dans l'écriture d'un roman qui se passe à la même période, au même endroit. Je l'ai même terminé. Il faudra bien que je le mette lui aussi en ligne ; or puisque j'en suis à la rubrique des débuts de roman, je te mets le début d'Otis Brown, ben tiens ! « Comme cela arrivait chaque minute depuis qu’on y avait trouvé fortune, un jeune inconnu posa le pied pour la première fois à San Francisco. Sutter Street séchait sous le soleil de mars, il y traîna ses dents longues et ses pieds enflés par l’humidité, tourna autour d’un gratte-ciel en construction et s’engouffra dans celui de la Thebeco, pour Thé-dansant and Bedevilment Company. » (Tiré de Otis Brown, mon deuxième roman.)
Harry Man
La vérité ultime, c'est que si tu avais lu Otis Brown, tu saurais ce qu'il a fait des 200.000 dollars.
Rédigé par: Harry Man | 31.07.2006 à 21:25
la vérité, c'est que ce connard de hammett s'est tiré avec les diamants qu'il était sensé retrouver. Ce n'est pas du tout gentle. for godness sake.
Rédigé par: john le biplan | 30.07.2006 à 19:41