Salut, je m'appelle Harry Man, et voilà que je veux te parler de ma vie de lecteur, parce que pour écrire il faut lire, et quand je lis je cherche ce qui ne me fera pas perdre mon temps, en l'occurrence ce qui est bien écrit, ce qui est intéressant, ce qui est passionnant,
on écrit tellement de nos jours,
il y a des romans, tant et tant, plus nombreux que mes jours,
alors je dois choisir, lire les auteurs que j'aime déjà, mais pour en découvrir il faut prendre des risques,
découvrir un auteur par soi-même est une joie dont je ne connais pas d'équivalent, si, être le premier à trouver un talent (c'est le travail de l'éditeur), mais ce genre d'exploration n'amène pas toujours de bonnes surprises, du moins pas souvent, alors il faut explorer (le premier qui mettra le pied sur la planète inconnue),
comment choisir sa destination ?
ce qui ne me dit guère c'est le texte qu'ils mettent au dos du livre pour te donner envie de l'acheter, le lire si tu veux, mais l'acheter, alors moi je vais te dire, j'ouvre le livre et je lis la première phrase, ou le premier paragraphe, et c'est déjà savoir énormément sur l'ouvrage,
presque tout.
Quand j'écris je fais très attention aux premières phrases, parce que ce sont celles-là qui donnent envie de lire (marketing de l'auteur), après la couverture, l'éditeur, fais attention toi aussi aux premières phrases, car en général c'est celles-là que l'écrivain travaille, qu'il retravaille, et dans lequel il met tout son talent, toutes ses intentions, et ses tripes, après les dernières phrases bien-sûr, mais celles-ci tu ne vas pas les lire avant le reste bien-sûr.
Ça me rappelle d'ailleurs que Presses Pocket faisait un temps des couvertures avec une image au-dessus des premières phrases du texte (en gros et gras, en général les deux premières lignes du roman). Ils m'ont rétrospectivement piqué mon idée. De John Tolkien, par exemple, Le Silmarillion : « Il y eut Eru, le Premier, qu'en Arda on appelle Ilùvatar ; il créa d'abord les Ainur, les Bénis, qu'il engendra de sa pensée, et ceux-là furent avec lui avant que nulle chose ne fût créée. Et il leur »
Folio pratiquait le même exercice (en poche), mais au dos du livre et avec un extrait choisi. Par exemple, l'Ulysse de James Joyce :
« Corps parfumés, tièdes, fermes. Tous baisés, donnés : dans les prés profonds de l'été, herbes couchées enchevêtrées, dans les couloirs suintants des maisons de pauvres, sur des divans, des lits qui craquent.
— Jack, mon amour !
— Chérie !
— Embrasse-moi, Reggy !
— Mon petit !
— Mon amour !
Le cœur en brale il poussa la porte du restaurant Burton. L'odeur le saisit à la gorge : sauces de viande pénétrantes, lavasses de légumes verts. Le repas des fauves.
Des hommes, des hommes, des hommes. »
Pour conclure, dans cette catégorie que j'inaugure aujourd'hui, quelques bons romans, si tu veux, et avec preuve à l'appui, en l'occurrence selon l'argument que je viens de te développer.
Harry Man
P.S. : Je fais la collection des bons débuts de roman, alors si toi tu en connais, je serai un homme ravi si tu la complétais.
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