Pourquoi ?
« Je serais un écrivain ou je crèverais de faim. » (Plexus.)
À trente-deux ans, monsieur Henry Miller décide de plaquer son gagne-pain pour se consacrer à l'écriture. Au diable les contingences, se dit-il, « Je serais un écrivain ou je crèverais de faim » ! Quel temps perdu au bureau d'un autre Henry Miller dans lequel il ne se reconnait pas, car « Le travail d'un homme reflète ce qu'il, ce qu'il pense toute la sainte journée, n'est-ce pas ? Vu sous ce jour, je ne suis qu'un morceau de fromage rance, hein ? Et voilà ! Jetons-nous-en un dans le gosier ! » (Plexus.) Le lion n'est pas fait pour la cage de béton, il a besoin des espaces de l'imagination pour s'ébattre, n'est-ce pas ? sinon il est malheureux. Il devient un zombie. Évidemment, en pleine nature, manger et protéger sa progéniture est une préoccupation, tandis que dans la cage la pièce de mouton tombait avec la régularité de la manne divine. Tant pis ! affirme monsieur Henry Miller, ou plutôt, l'a-t-il affirmé lorsqu'il a pris sa décision. Il faut être un peu sauvage dans la vie, sinon on ne s'évadera jamais de la cage. La décision de monsieur Henry Miller est pour moi une consolation, et pour tous les écrivains qui ont besoin de temps pour défricher leur talent. À trente et un ans, j'abandonne mon magasin, je le laisse à une autre, et m'en vais cultiver mes navets. De quoi vivrais-je ? « Tu sais, il est facile d'aller travailler tous les jours. Le difficile est de rester libre. » (Plexus.)
Harry Man
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