« Nous devrions cesser de différer l’acte de devenir ce que nous sommes en fait et par essence. » (Henry Miller, Plexus.) C’est tellement tentant, Henry, tellement que je cesse petit à petit.
« Les grands luminaires, tel Nietzsche, tel Rimbaud, tel Van Gogh, sont des soleils humains qui subissent le même sort que l’astre céleste. C’est seulement lorsqu’ils sombrent, ou ont disparu à la vue, que nous prenons conscience de la gloire qui était la leur. En pleurant sur leur disparition, nous aveuglons nos yeux à l’existence d’autres soleils nouveaux. (...)
Un peu trop de lumière, un peu trop d’énergie (ici-bas), et l’on devient inapte à vivre dans la société humaine. La récompense du visionnaire, c’est la maison de fous ou la croix. » (Id.) Ça me rassure, moi qui patauge dans les quetsches de huit heure à dix-sept heure, et de vingt heure à minuit. Je sors du coltard trois heures par jour, mais il faut que j’aille chercher ma fille à l’école, il faut que j’astique l’appartement, et il faut que je prépare le dîner. Bon, de toutes façons je n’aurais pas été illuminé par grand chose, c’est couvert dans ma tête, alors tu vois.
Henry est pour moi une consolation supplémentaire pour le personnage d’Osiecki. Alors je te dis merci, merci Henry pour Osiecki.
« Mon vieux, dis-je, vous devez être déjà un peu timbré pour parler ainsi.
— Je le suis, dit Osiecki. Qui ne le serait ? Peut-on passer toute la nuit à se gratter et se conduire normalement le lendemain ?
Il n’y avait rien à répondre à cela. » (Id.) J’ai bien dit “pour moi”. C’est peut-être pour ça que je lis des romans, pour y rencontrer de ces gens qui ont les mêmes problèmes que moi, et même des plus gravos et des pires. À ceux qui me trouvent incompréhensibles, je dis « Vous seriez bizarre vous-même si vous aviez ces bêtes qui vous sucent le sang toute la nuit — et toute la journée aussi. » (Id.)
Une dernière citation pour le chemin qu’il va me falloir emprunter : « Ne vous inquiétez pas de savoir si vous êtes ou non un génie.
Ceci dit, si j’ai bien profité de tes consolations, Henry, je n’ai pas pu dépasser la page 200 de ton roman. En fait, je ne vais même pas te garder dans ma bibliothèque ; mais merci mille fois pour les conseils.
Harry Man
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