Je n'ai pas fini de lire ce livre, il s'en faut de quelques jours d'ailleurs puisqu'il fait 761 pages le bestiau ! mais je t'en donne déjà le début, mon ami lecteur, à cause qu'il me plaît, et que je n'en ai pas d'autres en ce moment. Lis bien ceci : Je tire mon titre du nom que, dans la tradition juive, on donne à l'Empire romain. Paillardise, adultère, bigamie, sodomie, bestialité, cruauté sous ses formes les plus ingénieuses, assassinat, adoration de faux dieux, impuretés alimentaires et autres péchs d'incirconcision, attendez-vous à tomber sur toutes sortes de vilenies dans ce qui va suivre. Vous pouvez même vous en lécher les babines d'avance : corrompu, pour ainsi dire par procuration, des mains de votre auteur. QUe la pratique de la littérature soit un mode de dépravation à justement condamner, voilà qui n'est que trop probable. Cela étant, et c'est connu, elle cesse d'être de la littérature dès quelle s'attache à redresser la morale et devient alors éthique ou affaire tout aussi assommante. Acceptons donc, afin de dissiper l'ennui de cette existence, d'endosser vous et moi des damnations complémentaires. Prenez donc encore une coupe de vin et reconnaissez que nous autres humains, nous ne sommes que des voyous. (Anthony Burgess : Le royaume des mécréants.)
Le reste à l’avenant. Selon moi, c'est du très bon, à recommander à un ami lecteur. Il faut qu’il soit tout de même un peu intéressé par l’Empire romain, Israël et les débuts du christianisme, sinon ça n’en vaut pas la peine, puisque c’est là tout l’intérêt : les Actes des apôtres relus et réécris avec en perspective le contexte du premier siècle, la vie quotidienne de ces gens-là, et enfin le quotidien, je dirais ; cette mise au goût de l’existence d’un texte sacré, c’est de la crème renversé pour moi ; Anthony Burgess a enlevé le papier Bible à la Bible. En résumé, si tu as des affinités avec les Testaments, et si tu n’es pas trop sourcilleux quant à la syntaxe d’un moderne appliquée à des choses anciennes et canonisées en leur temps, ce livre est pour toi. Tu as compris, mon ami ? Mais à qui je parle, moi ? il n’y a personne.
Harry Man
P.S. : sur les affirmations qui précèdent, j'engage ma parole jusqu'à la page 334.
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