Voici donc LA SUITE de mon quatrième roman, que je suis toujours en train d'écrire. Les chapitres 4 à 6 se lisent en vingt minutes, où l’on voit Eugene quitter la scène de crime et commencer sa propre enquête.
Resté seul avec le chinois, qui baisse immédiatement les yeux quand il croise les miens, je défourraille tout de suite mon téléphone mobile. Jai reçu un script de Dixie :
je fais route vers Alambra
où est-ce que tes ?
Je la rappelle sur-le-champ :
Dix ?
« Qui croyais-tu appeler ? fait-elle ; ta sur ?
Ben ouais ; jai encore fait un faux numéro.
« Allez, accouche ! Je roule à tombeau ouvert sur la 101, et si ça continue, je vais me viander. Quest-ce qui se passe ?
Ce nétait pas celle quon croyait, voilà ce qui se passe.
Un silence, durant lequel jentends le feulement de sa Ford Typhoon et le rock mexicanos quelle écoute tout le temps.
Est-ce que tes cool, Dix ? je lui demande.
Nouveau silence.
« Va te faire foutre, espèce de connard.
O.k. ; je préfère ça. Tes de retour ?
« Ouais. Avant que joublie, je viens de lui parler. Il te fait dire quil te reste peu de temps pour sauver son Noël.
Tas mis la dinde au four, jespère ?
« Je te pisse dans le nez, dit-elle avant de couper la communication.
Je jette un il à la Vierge en rouge sur le mur de la cuisine, en me demandant à haute voix où diable se trouve (ÁΩ#$?), et ce que je ferai lorsque je laurais retrouvée.
Quoi ? senquiert le chinois.
Ta gueule, toi.
Je nentends pas ce quil me rétorque dans sa langue à la mords-moi-le-zob, et en sortant de la cuisine, je croise deux flics tenant un sac à fermeture éclair et des radio-fiches pour emballer et étiqueter George Punditz après décrochage. Dans le hall, et avant de me faire jour, jécoute un message échoué sur la boîte vocale de mon numéro bis : « Mon frère ou ma suuur, chante une chorale
Tu as le temps de sauver ton âââme
(Le pare-feu du GSM ne bloque pas tous les appels.) Naie pas, oh, naie pas peuuur
si Seigneur-Jésus te réclaaame
(Refrain
) Nous sooommes
lÉglise du Septième Sceau
Et nouuus
»
Il est 08:35:21 AM à ma montre, fuseau horaire des États-Unis-Pacifique. À lextérieur, il fait jour, le ciel est rose et gris, et le smog photochimique étouffe L.A., et le soleil dété qui darde ses flammes sur le couvercle de la marmite menace de tous nous faire griller le cerveau avant ce soir. (Ils prévoient de la pluie.) Un hélicoptère du L.A.P.D. survole la zone dans un vrombissement proche, des dizaines de curieux se pressent devant le pavillon et de lautre côté de la rue, et il y en a des dizaines qui arrivent du haut de la rue et du bas de la rue. Les flics régulent tant bien que mal la scène de crime, des renforts arrivent en voiture, et parmi eux une myriade de journalistes qui cherchent à savoir, et les télévisions sont là elles aussi : Sky News, Bloomberg, CNN, venues avec leur camion-émetteur, leur antenne parabolique et leur tête connue qui donne son speech le micro à la main et en face de la caméra. Il règne une sacrée pagaille autour du 1777 West Main Street.
Puis je chausse mes lunettes de soleil, et enfile mon masque filtrant en lajustant devant ma bouche.
Di Vaio ma intimé lordre de rentrer chez moi, or mimaginant déjà là-bas, dans mon minuscule appartement vide, aussi vide quune vie peut lêtre si on ny prend pas garde, je ramasse un coup au creux de lestomac. Jétais boxeur pro avant, et un bon champion. Cela a duré sept ans. Beaucoup de combats, beaucoup de victoires, et mes fans scandaient mon nom de ring, et mes adversaires navaient jamais à mattendre, jusquà ce que Mike Khassam ne métende ce fameux jour, et ne poireaute dix secondes avant de lever les poings bien haut. Le soir où il ma pris le titre, sept ans après ma première victoire dans le circuit pro, à la douzième reprise, oui, il ma envoyé au sol dun uppercut du droit, çaurait pu être une pale dhélicoptère, pour la différence que cela faisait. (Depuis, jai des maux de tête.)
Je marche jusquau ruban bleu et blanc des Police Angels, passe dessous, et me fraie un passage en brusquant les badauds, les journalistes et les voisins vêtus de leur pyjama et qui filment le pavillon en brandissant des téléphones mobiles. Aucun de ces crapauds de merde ne bronche dans la bousculade que je crée, et je les hais pour cela. En marge de lattroupement, je remarque un type en robe dhébreu qui déblatère à qui veut lentendre, soit un bon quart des badauds maintenant, que notre chère ville est devenue un antre de démons, repaire de tout esprit impur, repaire de tout oiseau impur, repaire de toute bête impure et détestable. Car toutes les nations ont bu le vin de sa prostitution furieuse. Les rois de la terre, avec elle, se sont livrés à la débauche, et les commerçants de la terre ont fait fortune grâce à son luxe démesuré
ai-je le temps de comprendre avant dobstruer définitivement mes oreilles à ses objurgations. (Apocalypse, troisième parole sur Babylone.)
Arrivé à ma voiture, une Lexus Rangoon modèle 2024 de couleur noire, je masseois au volant et démarre la clim.
Bonjour, Eugene, susurre la voix sensuelle de lordinateur de bord. (Ils navaient pas la voix de Michele Arellanosa en téléchargement, aussi avais-je longtemps hésité en second choix entre Mae Chau et Lylian Groombridge, avant dopter finalement pour la soprano.) Éthylotest o.k., ajoute-t-elle ensuite. Électronique o.k. Pression des pneus o.k. Pression de lhuile o.k. Niveau deau o.k. Freins o.k. Lisibilité du M.A.S. correct. Remplissage du réservoir de moitié. Pression de lair : neuf cent quatre-vingt-dix-hectopascals ; en baisse. Hygrométrie : quatre-vingt deux pour cent. Température extérieure : quatre-vingt degrés Fahrenheit. Température climatisée intérieure : soixante-huit
Merci, Mae. Quelle est la prévision météorologique pour la zone Alhambra dans les douze heures ?
De rien, Eugene. Temps couvert, assez pluvieux, se dégradant par louest dans la journée, pour devenir mauvais à très mauvais. Bourrasques, pluies, orages à
O.k. (Elle règle les niveaux de liquide, elle répare les pannes bénignes, elle évite lerreur humaine, elle surveille mon état de santé, elle met à jour le GPS toutes les deux minutes, elle sabonne à une multitude de sites pertinents, elle réserve pour moi dans les salles de concert, elle me passe nimporte quel morceau de métal dans les enceintes, et elle peut se piloter toute seule, et elle apprend à parler grâce à un logiciel dauto-apprentissage, et elle mappelle Eugene. Elle aurait pu savoir faire les pipes aussi, mais cétait une option bien trop chère.) Merci, et fin de conversation, dis-je.
De rien, Eugene. Noublie pas de brancher ta ceinture avant le départ ; ceinture magnétique branchée, cinquante pour cent de chance en plus de survivre à un crash.
Javale un antispasmodique musculotrope, vérifie les radiations sur le compteur CEM de mon portable (saturation), et appelle Herminia, mais elle ne répond pas, et je me souviens quelle doit être dans son avion à lheure quil est. Puis jappelle Dmitri sur son portable. Je nobtiens dabord pas de réponse, jusquà ce quune voix me suggère de lui laisser un message, si je le désire. (Sil a changé de portable, il ne ma pas prévenu.) Puis jessaie son bureau, pour entendre sa secrétaire gynoïde mannoncer de sa voix de peep-show synthétique quil ne sest pas présenté au bureau ce matin. (Je laisse là aussi un message.) Puis jai sa femme en ligne, qui me demande si jai des nouvelles de son mari, parce quelle sinquiète, parce quil nest pas rentré de toute la nuit, et parce quelle narrive pas non plus à le joindre sur son téléphone mobile.
« Quest-ce que je dois faire ?
Ne tinquiète pas. Il ny a pas de réseau là où il est, ou bien sa batterie est déchargée. Je vais dépêcher une patrouille au bureau au cas où il aurait laissé un agenda, une note, ou un indice qui nous permettrait dapprendre lendroit où il se trouve.
« Merci, Eu
Pas de nom
« Pardon.
Ça va aller ?
« Oui. Oui.
Tu veux que jenvoie quelquun pour te tenir compagnie ?
« Ça va aller, je tassure. Merci.
Je moccupe de tout. Appelle ma copine mexicaine dès quil est rentré à la maison. Tu vois de qui je veux parler ?
Oui.
Tas son numéro ?
Quand elle a raccroché, jappelle le Central afin quune patrouille se rende immédiatement au bureau, tout en songeant que le faux rapport que je vais écrire pour justifier cette dépense publique ne tiendra pas cinq minutes. Puis jessaie de joindre les autres, sans succès.
Jappelle ensuite le South Gate Hospital, où Ryker réalise des progrès époustouflants sous assistance respiratoire, multiperfusé, et tout le tremblement. Il conduisait sur Valley quand je me suis aperçu que Weitherwax avait laissé allumé son cellulaire. Ryker sest retrouvé avec un stun gun braqué sur la tempe, en conséquence de quoi il avait donné un furieux coup de volant qui nous avait fait sauter la glissière de sécurité et envoyer tout au fond du Sepulveda Cañyon après beaucoup de rebonds. Je ne pense pas avoir été aussi salement ébranlé depuis ce fameux combat où jai fini en léchant le ring dune langue de trente centimètres. Weitherwax tué sur le coup, Ryker dans les fraises, la Toyota pliée en quatre (une voiture qui ne méritait que cela au demeurant) et moi-même, groggy comme un ours tombé dun iceberg jusquà larrivée des secours.
Linfirmière mannonce dune voix nasillarde que le sous-lieutenant Ryker na pas donné dautre signe de vie quun poul en vert anis sur un écran de télé. Son électroencéphalogramme est aussi excitant quun documentaire animalier, parait-il.
Je me renfonce dans mon siège. Quest-ce que je fais, moi, maintenant quils se sont tous mis en indisponibilité sur le réseau, ou quils sont tous rentrés en enfer, au choix ? Pour commencer, je vais attendre de savoir si lE-Police a des biscuits pour nous. Ensuite, je vais regarder la télé confortablement installé dans ma voiture. Enfin je penserai à me jeter un petit déjeuner derrière le col de ma chemisette. Jai besoin de réfléchir avant dagir.
Où est (ÁΩ#$?) ? Je ne sais pas.
A-t-elle accouché à lheure quil est ? Je ne sais pas.
A-t-elle été enlevée ? Oui, car sans camouflage, lE-Police laurait déjà repérée par visiomorphing.
Qui sont ceux qui lont enlevée ? Je ne sais pas.
Comment sy sont-ils pris pour lenlever ? Je ne sais pas.
Pourquoi lont-ils enlevée ? Parce quils voulaient lui soutirer le bébé.
Se cachent-ils pour attendre ou parce quils ont peur ? Ces hommes nont pas peur.
Où se cachent-ils ? Je ne sais pas. Ils nont pas quitté la ville. Si passer entre les mailles de lE-Police est de lordre du possible, échapper aux yeux et aux oreilles de cinq cents millions daméricains affranchis par les médias est impossible, surtout si lon a avec soi une jeune fille enceinte. (La délation légale est la prochaine étape dans lévolution de la police.)
Ont-ils un rapport avec la fondation de la Nouvelle Jérusalem dans le Nevada ? Ont-ils été séduits par les appâts de la Nouvelle Jérusalem ? Ont-ils tenté à ce jour de rejoindre la Nouvelle Jérusalem ? Je ne sais pas.
Malgré mes difficultés pour y voir clair, je ne veux pas de renforts, aussi bien que personne na jamais dit que les résultats tombaient tout cuit dans la bouche, et jirai au bout de la mission, quitte à semer la mort et la destruction. Je nai pas vraiment le choix. Quant à savoir si je me trouve dans le bon ou dans le mauvais camp, cest simple : je ne cherche pas à savoir.
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