Rien ni personne ne me forcera à les aimer ceux-là, à moins de pointer sur le milieu de mon front un fusil de chasse à deux coups, cela va de soi. Car tous les collabos de l’économie de marché, les présidents en Vel Satis, les traders, les gros porteurs, les assureurs, les courtiers en cravate, les petits maîtres de guichet agrémentés d’un badge et l’armée de tous ceux qui reçoivent un dividende pour récompense de leur participation intéressée au grand Monopoly planétaire, tous ces gens nient, et nieront toujours, qu’ils auront été les plus zélés fossoyeurs de notre espèce. Là, ma conscience se réveille d’une longue léthargie et élève la voix :
— N’as-tu jamais fait le mal sans le savoir ?
— Puisque je ne le sais pas, je lui réponds.
— Si tu es certain de n’avoir jamais fait le mal, alors jette-leur la première pierre du lynchage.
— Sans blague ?
— Si tu es sûr... ma conscience me susurre.
— Je ne suis pas sûr ! je lui réponds. J’ai bien les deux pieds dans l’économie de marché, j’ai même un compte en banque. Bon, d’accord ; je suis comme tout le monde, j’ai des boules de loto qui trottent dans la tête, qui est l’espoir d’avoir lourd de pognon, hein ? Ce n’est pas parce que je ne suis pas obèse… en avoir plus que les autres, les pauvres, il n’y a que ça qui compte. Je ne suis pas innocent ; personne n’est coupable moins que les autres. Il n’y a que Jésus et Bouddha qui ont su rester purs, chacun à leur façon. Mais ils sont morts.
— Alors il n’y aura pas de lynchage ; on ne demande pas à un criminel de juger un autre criminel, non ? La justice se tiendra en haute cour, pas dans la rue.
— Puis-je continuer à tenir ce blog et leur dire tout de même ? je demande à ma conscience.
— Oui, mais fais attention ; je continuerai à te surveiller.
— Fais, fais. Alors, voilà. Que les aveugles voient ! Que les sourds entendent ! Nous courons à notre perte !
— C’est lui qui l’a dit…
Harry Man et sa conscience.
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