À son ordinaire


La nuit, une impasse déserte à L.A., sous le halo blafard d’un réverbère. Il fait une chaleur d’août. Harry Tickler a arrêté sa collègue pour l’interviewer devant un mur recouvert de tags. Le trottoir pue l’urine, les légumes pourrissant et les sacs-poubelle gavés de têtes de poisson d’un restaurant japonais dont c’est la porte de derrière. Un chien errant se promène en reniflant le sol. La petite journaliste se cambre dos au mur ; Harry pose la paume de sa main à côté de sa joue, et reste comme ça, le bras en appui, près d’elle. Elle n’est pas grande, il pourrait pratiquement manger sur sa tête.
— Dis quelque chose la première.
— D’habitude, c’est moi qui pose les questions, mon chéri.
— Ce soir, c’est moi ; tu crois que tu pourras t’en accomoder ? Bon ; jouons à découvert, pas de faux-semblants, c’est d’accord ?
Elle hoche la tête. La ville gronde en sourdine malgré l’heure avancée, car L.A. ne dort jamais.
— On n’est pas bien, là ? demande Harry.
Elle regarde à droite.
— Bon ; pas de morsure ?
Elle le regarde en ouvrant des yeux et se marre.
— Ben non !
— Pas de griffure ?
Elle se marre encore.
— Ce n’est pas drôle, petite ; si un zombie t’avait contaminée, il faudrait que je te défonce le crâne avec quelque chose de contondant.
— Ou-ouh, fait-elle en souriant. Écoute, mon dernier amant m’a bien mordu les tétons, si tu veux savoir ; il m’a même griffé les seins ; mais il n’avait rien d’un mort ; au contraire, il était plein de vie.
— Il y a longtemps ?
— À peine deux heures, mon chéri.
— Pas de mauvaise rencontre depuis ?
— Si ; Phyllis. Il y a une heure, un peu avant qu’on se rencontre tous les deux, je l’ai croisée dans les cabines d’essayage de la boutique Versace, sur Venice boulevard.
— Était-elle normale ?
— Non ; bien-sûr que non ; Phyllis n’est pas normale. Elle a une langue de dix centimètres qui fait grimper au rideau.
Elle se penche pour se masser le pied.
— C’est une obsession chez toi, les blessures ?
— Les plaies, c’est la plaie, à cause des zombies ; mais c’est moi qui pose les questions, ne l’oublie pas.
Elle a un sourire furtif, et ensuite regarde à gauche. Harry, lui, la dévore des yeux.
— Vas-y ; je t’écoute.
— À quelle heure ferme-t-on la boutique Versace pour que tu en ressortes à peine ?
— À une heure du matin ; on est samedi soir.
— Mh hm ; tu aimes ça, faire du shopping ?
— J’ai de l’argent ; je ne me prive de rien. Et puis j’anime des shows à la télé ; je dois m’habiller. Enfin, j’adore me caresser dans les cabines, en laissant toujours le rideau entrouvert pour qu’on me voie. Des fois, un client me rejoint, et on fait ça à deux ; ça m’excite terriblement. Samedi dernier, j’étais tellement sur des charbons ardents que j’ai crié ; puis quand le vigile est venu pour me chasser, je l’ai sucé jusqu’à ce qu’il perde les pédales et qu’il crie à son tour ; c’était fantastique !
Harry sort une cigarette du paquet froissé qu’il garde dans la poche de sa chemisette, et l’ayant allumée, il demande :
— Tu es humaine, c’est bien sûr ?
— Est-ce que par hasard les vénussiennes seraient aussi bandantes que moi ? répond-elle en posant sa petite main sur son sexe.
Ça et ses talons-aiguille qui la cambre atrocement, il n’en faut pas plus pour qu’il lui vienne l’eau à la bouche. Il la déshabille des yeux, et au vu de la jupe de collégienne et du corsage taille dix ans qui la vêtent sans vraiment l’habiller, il n’y a pas lourd à retirer.
— Sais-tu, ma douce, que te « déshabiller des yeux » est une pure perte de temps ?
— Tu as entièrement raison, dit-elle en retirant son corsage par la tête.
Dessous, elle porte un mini soutien-gorge en dentelle blanche qui tranche sur sa peau hâlée. À la façon dont ils ont jaillie, ses deux air-bags semblent s’être déclenchés en même temps, des air-bags de Mercedes d’ailleurs, et l’agraphe qui rattache les parties de la dentelle subit visiblement une tension énorme.
— Ils n’avaient pas ta taille chez Versace ?
— Ouais ; j’ai dû rater le rayon énormes, dit-elle en dégraphant son soutien-gorge. Là ; ça va mieux.
Le tas de tissu à ses pieds grossit à vue d’œil ; un autre que Harry se serait déjà inquiété d’avoir autant de retard sur elle.
— Tu vois, dit-elle ; deux seins tout ce qu’il y a de plus féminins.
— Et gros, ajoute-t-il, la cigarette au bout des lèvres.
Il les soupèse avec ses mains.
— Ils te plaisent ?
— Pas mal, juge-t-il ; pas mal du tout.
— Pas mal ? Et c’est tout ?
— Tes seins sont si gros que je suis persuadé qu’ils sont faux, dit Harry.
— Touche encore voir s’ils sont faux !
Il jette sa cigarette, qui s’en va faire des étincelles plus loin.
— Ouah, fait-il.
Le chien errant remue les sacs-poubelle posés contre le mur, en déchire un d’un coup de patte et fourre son museau dedans. L’écho d’une sirène résonne au loin. L’air est moite.
— Au fait, je t’ai dit de ne pas poser de questions, la tance-t-il tout en caressant le galbe de ses seins. Et dis donc, tu ne m’avais pas dit que tu avais seize ans ?
— Si ; enfin, en janvier prochain.
— Alors comment se fait-il que tu ais le corps d’une femme de vingt-cinq ans ? Je vais te dire, moi, ajoute-t-il en comprimant ses seins ; ça sent son progestrène 1000 en bocal de trente pilules, je me trompe ?
— Ma mère était déjà formée à quatorze ans ; pour te dire que je n’en ai pas pris lourd, comme certaines ; et puis, quoi ? si Dieu a fait les seins des femmes pour leurs hommes, n’est-ce pas mieux s’ils sont gros ? Vous auriez eu quatre mains, que nous aurions eu, nous, quatre seins ; c’est pas vrai ?
— Si, c’est vrai ; c’est tellement vrai ce que tu dis que j’oublie que c’est moi qui pose les questions.
Elle se marre ; il giffle ses deux seins en retour ; alors elle s’enlace autour de lui.
— Est-ce que tu n’as pas froid avec de telles surfaces ?
— Froid ? répond-t-elle dans un sourire mi-salope mi-prude ; froid aux yeux ? moi ? Jamais !
— Froid aux yeux ; ah oui ; très drôle.
Elle l’attrape par le cou et l’attire sur ses lèvres, qu’il mord avec passion. Ils s’échangent leur salive ; puis Harry lèche le cou de la fille, descend le long du torse, et finit dans la région de sa poitrine ; en sentant sa langue titiller ses aréoles, la fille renverse la tête en arrière.
— Noël au balcon, sortez vos tisons, dit-il d’une voix à moitié étouffée.
Elle rouvre les yeux.
— Petit cochon, avec quoi vas-tu me tisonner : on n’a pas de cheminée à L.A.
— Pourquoi n’en avons-nous pas, c’est pourtant beau un feu de cheminée ?
— Il fait trop chaud.
— Chaud ? Est-ce la sensation qu’on a de bouillir dans une marmite et qui provoque une sudation abondante et l’accélération du poul et de la respiration ? Alors j’ai chaud ; je vais peut-être exploser aussi bien.
Elle rit à gorge déployée ; le chien redresse le museau en l’entendant. Harry maintient les deux seins devant lui et se met à frotter son visage contre eux.
— On dirait que tes nibards absorbent la graisse de ton corps ; à côté, je suis sûr de pouvoir tenir ta taille dans mon poing.
Les tétons s’érigent sous la caresse ; la femme se met à gémir.
— Je vais continuer l’interview. As-tu un nom, ma douce ?
— Je m’appelle Kim Temple ; on m’appelle souvent “Biatch”, ou “L.A. Biatch” ; mais appelle-moi Kimmie, je répondrais présente.
La langue de Harry voyage sur son corps, lui procurant un plaisir infernal.
— Quelle est ta profession, ma douce Kimmie ?
— Journaliste ; travaille à la Rank 40 ; suis la vedette des shows d’information de vingt et une heure ; m’as jamais vue ?
— Tais-toi ; tu es à moitié coréenne, pas vrai ?
— Oui.
— Par ta mère ou par ton père ?
— Ma mère ; mon pater est américain ; descend d’immigrants slaves ; Yougoslavie, je cro… ah.
— Comment se sont connus tes parents ?
Quand il se redresse, elle se met à déboutonner sa chemise ; lui ne s’interromp pas de la lécher dans tous les sens comme un cornet de glace au caramel.
— Mon pater faisait partie des Marines ; stationnait en Corée il y a vingt ans ; fait connaissance d’une pute dont il est tout de suite tombé amoureux.
— Quel âge avait-elle ?
— Quatorze ans.
—Mais on est encore une jeune fille à cet âge ! dit Harry en se redressant tout à fait.
— Tu n’aurais pas cru si tu l’avais vue, dit Kimmie en passant ses douces mains sous sa chemise, une bonne chemise en chambray.
Elle caresse ses flancs, ses épaules, et puis la chemise finit sur le trottoir elle aussi, à côté d’une touffe de mauvaise herbe qui a poussé dans une lézarde du bitume.
— Tu étais dispensé d’E.P.S. à l’école, mon pauvre chéri ? fait-elle en palpant ses pectoraux.
— Tu oublies toujours que c’est moi qui pose les questions ; mais je peux quand même te le dire : toute ma force et toute mon énergie ont été très tôt mises à contribution pour un autre genre de sport.
Elle se presse contre lui, plaquant sa poitrine sur son torse comme si elle voulait l’y faire entrer. Ils se baisent, collent leurs lèvres, et s’explorent mutuellement avec des langues tout ce qu’il y a de plus touristes.
— Tes parents sont-ils vivants ? lui demande-t-il à l’oreille.
— Ouais. Divorcé il y a quelques années ; ma mère partie à Frisco ; fraie dans les communautés d’artistes ; pose pour des sculpteurs, des peintres ; entretient la forme physique d’écrivains maigres comme toi, mon chéri ; elle est, comment dit-on… une mascotte ?
— Une muse.
— Nan ; une mascotte, susurre-t-elle à son oreille.
— Comment s’appelle-t-elle ?
— “Bunny Hug” Temple ; Lee pour mon pater et moi. Tous les hommes la connaissent à Frisco ; couche avec trois à la fois ; n’as jamais vu une femme aussi insatiable de bite qu’elle.
— Elle voudra peut-être que je l’interview, elle aussi ?
— Te préviens, sa conversation est aussi limitée que celle d’un porno.
— Ouah. Et ton père, c’est quoi son truc ?
— Quand Lee l’a quittée, suis restée avec lui ; m’a tout appris.
Kimmie est à bout de souffle ; son corps n’est plus qu’une chose érogène ; ses lèvres continueraient à luire même s’il prenait l’envie à Harry de jeter une caillasse contre le globe du réverbère. Il n’y a qu’eux dans cette impasse, à part le chien, qui étire des lambeaux de chair sur un os au milieu du trottoir ; du coup, est-ce que c’est bien un chien ?
— Je n’en peux plus, fait Kimmie.
Elle se baisse brièvement pour faire passer sa culotte immaculée par les pieds.
— Qu’est-ce qu’il fait, ton père ? lui demande Harry quand elle le bourre de nouveau avec ses seins.
— À la retraite ; tient un hypermarché du sexe sur Cesar Chavez ; L.A. Sex ; peut-être tu connais ?
— Sûrement pas ; les grosses surfaces sont la mort du petit commerce.
Harry sent sa ceinture qui se détache, puis son pantalon glisser à terre. Il donne deux coups de pied qui envoient ses mocassins atterrir contre le mur et se retrouve pieds nus ; son droit est dans une flaque sombre. Kimmie glisse des doigts graciles sous l’élastique de son slip, et saisis ses fesses à pleines mains. Amoureux de l’égalité, Harry n’est pas en reste, puisqu’il passe ses mains sous le postérieur de sa partenaire et remonte sa jupe au-dessus des hanches ; puis qu’elle lui prend ses mains pour les poser sur son cul, elle lui demande :
— N’aimes pas mes grosses surfaces, mon chéri ?
— Ne pose pas de questions. Respectes-tu tes parents ?
— Mon père ; ma mère une salope ; a besoin d’être soignée.
— As-tu des frères et des sœurs ?
Harry explore son cul comme s’il voulait le cartographier. Puis il crache dans sa main, s’enduit les doigts de salive, et lorsqu’il trouve l’anus et qu’il y insinue le majeur, Kimmie se mord les lèvres jusqu’au sang en poussant une plainte.
— Pas ça…
— Je répète : as-tu des frères et des sœurs ?
— Une sœur à L.A., lui répond-t-elle dans les yeux.
Il entre un second doigt et pousse jusqu’à la deuxième phalange. Kimmie se raidit.
— Qu’est-ce qu’elle fait ? susurre-t-il.
— Se fait enculer, exhale-t-elle.
L’annulaire se présente, qui pénètre à son tour, au fur et à mesure que l’anus de Kimmie se dilate. Elle ferme les yeux.
— Qu’est-ce qu’elle fait, tu m’entends ? Qu’est-ce que fait ta sœur ?
— Jouit, dit-elle en tirant la langue, vissant son cul sur la main de Harry.
— Tu ne m’écoutes pas, Kimmie. Qu’est-ce qu’elle fait, ta sœur ? Dis-le moi !
Il retire sa main et lui met ses doigts dans la bouche.
— Diaconesse, répond-t-elle en suçant.
— Qu’est-ce que c’est, Kimmie ?
— S’occupe de charité dans une église.
— Oh ; quelle église ?
— Église Coréenne de la Révélation.
— Elle croit en Dieu, alors ?
— Ouais.
— Et toi ?
— Ouais, aussi.
Elle se frotte au corps de Harry ; elle danse, elle lève ses bras, voluptueuse, et se caresse.
— J’ai une autre sœur, dit-elle. Travaille à la télé, comme moi, mais pour une chaîne chrétienne ; Télé-apostolat, je crois qu’elle s’appelle ; suis pas sûr ; te redirai le nom de cette chaîne.
— Elle croit en Dieu elle aussi, pas vrai ? Tout le monde croit donc en Dieu dans ta famille ?
— Évidemment ; coréens sont le peuple élu de Dieu.
— Tu ne l’es qu’à moitié, lui fait-il remarquer.
Kimmie fléchit les genoux et met le slip de Harry dans un ascenceur ; puis elle s’accroupit sur ses chevilles, les jambes écartées comme pour pisser, et se met à tirer sur la peau de la queue de Harry pour lui faire retrouver sa taille de concours.
— Suis née à Porkch’ong-up, dit-elle ; grâce à Lee, hérité de l’élection de Dieu. Avais un an quand mh mmmh…
— Hein ?
Elle recule la tête et le regarde par en-dessous.
— Avais un an quand ils sont venus s’installer aux U.S.
— Oh ; ne t’interromps pas, ma puce ; tu peux me répondre par signe si tu veux. Parles-tu coréen ?
Elle lève le pouce. Ses yeux sont rivés aux siens.
— As-tu été majorette étant jeune ? Bordel, je débloque, moi. Non ; as-tu été à l’école américaine ?
Elle lève le pouce.
— Parles-tu coréen sans accent ?
Elle fait trembler sa main, en signe de couçi-couça.
— C’est quand même utile, deux langues ; et les dents aussi, oui ; ah ! nom d’une pute ! continue !
Il s’intéresse aux nuages pastel qui survolent L.A., la nuit, pendant que Kimmie rivalise d’ingéniosité avec elle-même pour sculpter la plus belle queue de toute la Californie ; il soupire quand elle fait tourner sa langue autour de son gland ; il prend ses cheveux quand elle avale sa queue en entier, y arrivant au prix de certains spasmes de gorge, comme si elle allait dégobiller.
— Où habites-tu, ma douce ? Où est-ce que tu habites ? Est-ce que tu habites chez tes parents ?
Kimmie montre le nord en accélèrant son rythme. Des millions d’insectes volants vont de réverbère en réverbère ; certains s’en détachent pour venir tourner autour des deux amants. Elle s’accroche à sa bite comme si c’était le dernier sucre d’orge du siècle.
— Aimes-tu la ville, Kimmie.
« Oui. » Des rats d’égoût se disputent dans les flaques un quignon de pain moisi ; une gouttière percée fuit ; quelque part, une chatte en rut miaule, on dirait un nouveau-né lubrique qui fait des rêves.
— Bordel, sais-tu au moins ce qu’il y a après la ville.
« Je ne sais pas. » Il a une dernière vision de ses cheveux noirs s’agiter, avant de fermer les yeux. Elle agrippe ses fesses et s’empale sur son sexe. Le chien a levé la tête et regarde dans leur direction ; la femme est accroupie, les jambes grand ouvertes, et il en flaire l’odeur. Comme elle se cambre un peu plus sur ses escarpins et que son cul poilu s’offre à l’air, il s’approche furtivement pour venir halener de plus près. Kimmie dégouline ; le clebs aventure sa truffe sous elle et donne des coups de langue, dont certains l’atteignent, qui la font terriblement frissonner. Elle se met à vagir, la bouche pleine, et en se dressant sur ses talons-aiguille, elle offre sa croupe au museau du chien. Le souffle caressant de l’été passe entre leurs jambes. Les nuées d’insectes tourbillonnent de plus en plus vite autour des globes de lumière. Le chien lèche la chatte de Kimmie à coups redoublés, la faisant jouir comme une folle. Elle n’en peut plus d’attendre d’être pénétrée ; elle avale Harry, lequel se sent sur le point d’exploser dans tous les sens. Le chien a une érection et plie ses pattes arrières dans le dos de Kimmie ; mais Harry, qui vide tous les tiroirs de sa tête à la recherche d’une question, rouvre les yeux, voit ça, et lui donne en conséquence un vigoureux coup de pied, puis un second, et un troisième, comme il revient à chaque fois à la charge.
— As-tu des animaux domestiques chez toi ? demande-t-il ensuite à Kimmie dont le visage qui refait surface paraît harassé.
Elle hoche la tête ; alors Harry écrase ses lèvres sur les siennes, les rendant muets l’un et l’autre, brûlant de lui poser plein de questions. Il lui fait perdre ensuite un de ses talons-aiguille en la soulèvant brutalement du sol pour la plaquer contre la façade toute taguée. Elle l’entoure avec ses bras et ses jambes ; puis elle descend une main et guide son sexe vers le sien. Quand la tête du bêlier affouille ses vantaux humides, elle ouvre toute grande la porte, et Harry, d’un coup de rein, y va jusqu’à la garde ; le vagin de Kimmie se contracte autour du membre, qu’elle sent grossir en elle.
— Est-ce que tu fumes, Kimmie ? lui demande-t-il à l’oreille.
Des taches d’urine noircissent la base du mur, et les rigoles vont jusqu’au caniveau. Il sort d’elle et rentre lentement.
— Hm… fait Kimmie.
— Est-ce que tu bois ?
Harry se retire, et rentre de nouveau, jusqu’au fond.
— Hm…
— Est-ce que… tu… te drogues ?
— Hm… hm… hm…
Une boîte de Coca-cola fait demi-tour quand le cabot shoote dedans ; Harry sent des poils lui caresser les mollets ; la chatte en rut miaule dans le voisinage ; des mouches vont des poubelles éventrées à la souris morte qui flotte dans le caniveau, puis de la souris au couple en sueur ; Harry donne maintenant des coups de bêlier qui font rentrer Kimmie dans le mur ; elle s’agrippe à lui tant bien que mal, et elle ferme les yeux sous les assauts d’un orgasme insupportable.
— Tu cumules les vices, ma douce ! Serais-tu une trainée en plus ?
— Oui !
Le mur encaisse ; si Harry continue à la bourrer comme cela, il va certainement s’écrouler.
— Oui !
— Tu aimes ça ?
— Oui !!!
Il se retire d’elle et la repose sur ses pieds. Kimmie se tourne aussitôt face au mur, en se baissant pour lui offrir son postérieur agrandi, tous guichets ouverts. Un éclair de chaleur révèle la scène ; Harry ne réfléchit pas : au roulement du tonnerre qui suit, il s’enfonce profondément en elle.
— Han ! vagit-elle.
— Es-tu mariée ?
— Han !
Un nouvel éclair illumine la rue ; les rats s’accouplent en couinant ; un papier gras s’envole sous le brasier du vent ; puis les tambours du ciel dégringolent.
— Menteuse ! As-tu des enfants ?
— Han !
Les mamelles généreuses de Kimmie ballottent comme les cloches de Pâques.
— Dis-moi la vérité !
— Han !
— As-tu enfanté ?
— Han !
— Veux-tu être grosse ?
— Han !
— Veux-tu que je te féconde ?
— Han ! han ! han !
Au moment de l’orgasme de sa partenaire, Harry se saisit de sa chevelure et tire dessus à lui dévisser le cou.
— Ah !
Un éclair ; le tonnerre ; Harry, de sa main libre, giffle sa croupe rebondie. Il la bourre dur, la projette à chaque fois contre le mur de briques.
— Salaud ! Ah, salaud !
L’enveloppe de Harry craque aux coutures, sa peau retombe en tas à ses pieds, pendant que grossit, grossit en Kimmie à la remplir jusqu’au plexus, l’énorme queue du dieu Pan. Pan ! il fouette son dos, puis ses épaules, puis ses cuisses, y imprimant ses doigts en rouge sur sa chair ; Kimmie hurle de douleur et de joie entremêlées, et, comme un coup de rein de Harry la soulève aux trois quarts, elle finit écrasée contre les briques.
— Ahh ! crie-t-elle de bonheur.
— Est-ce que tu crois aux extra-terrestres ?
Son rimmel coule sur ses joues, y laissant des traînées noirâtres ; il l’embroche ; elle meugle comme une vache.
— Tu en as déjà croisé un ? braille-t-il. As-tu couché avec lui ?
— Ah ! Salaud ! Espèce de salaud !
— Ne serais-tu donc qu’une chienne en chaleur ?
Un éclair très proche ; Harry, restant au-dedans d’elle, attrape son bras et le lui tords dans le dos.
— Aaaaaah !
Son hurlement s’achève dans un râle de jouissance, suite à quoi Harry la flanque sur le trottoir.
— Est-ce que tu aimes ton prénom ? demande-t-il en se branlant au-dessus d’elle.
Elle se juche à quatre pattes et remue comme une anguille ; alors il glisse son pied sous son ventre, qui l’envoie rouler sur le dos. Dès qu’elle y est, Kimmie écarte ses jambes le plus possible.
— Tu m’a dis que tu étais journaliste, c’est bien ça ?
Un éclair aveuglant tombe du ciel ; en un instant leurs sexes impudiques s’illuminent, puis brusquement tout s’éteint : eux, la rue et toute une moitié de L.A. plongent dans le black-out. « Non ! » supplie Kimmie en essayant de l’en empêcher. « Pas la sodomie ! »
S’étant laissé tomber sur elle, Harry la maintient solidement, crache un coup sur son cul époustouflant et étale la salive avec son sexe ; puis il rentre directement.
— Oh ! fait-elle le souffle coupé.
— Qu’est-ce que tu lis dans le train ?
Kimmie se dilate, comme le ventre des nuages au-dessus d’eux qui crèvent soudain, déversant sur leur tête des tonnes d’eau tiède. Ils sont inondés en quelques instants.
— Est-ce que tu as une tronçonneuse chez toi ? crie Harry pour couvrir les râles de Kimmie mêlés au boucan que fait la pluie en tombant. Couches-tu avec les cochons ? Es-tu pessimiste ? Qu’est-ce que tu fais le samedi soir ?
Elle ne répond rien, sous les assauts amoureux de Harry.
— Habites-tu encore chez tes parents ? Es-tu raciste ? Suces-tu des inconnus sans capote ? Comment prévois-tu de finir ta vie ? Quel est le sens de ta vie ? Qui crois-tu être, Kimmie ?
Les eaux du ciel les submergent. Kimmie est à moitié soulevée du sol et ses seins tressautent chaque fois que Harry la bourre ; ses bras gisent de chaque côté d’elle ; elle ne réagit plus.
— QUI ES-TU ??? hurle-t-il
Enfin, il se sent suffisamment bandé pour expédier une flèche jusqu’à l’espace ; il retire son sexe et le met dans la bouche de Kimmie à qui il redresse la tête. Les spasmes se succèdent sous les trombes d’eau. Allongée sur le dos, défaite par le jouir, lavée par les rivières, Kimmie garde tout. L’électricité revient. Deux rats noyés viennent buter contre son ventre ; des préservatifs, des mégots de cigarette, de la boue s’engouffrent entre ses jambes ; un million de volts explosent soudain. Quand c’est fini, Harry s’allonge sur elle et pose ses lèvres sur les siennes ; elle lui rend son sperme d’une langue chaude. Ils s’embrassent goulûment.
Un peu plus tard, le déluge baisse en intensité et laisse place à une pluie régulière. Harry s’est relevé. Il est nu, et se tient les jambes écartées de part et d’autre du corps rassasié de Kimmie. Il lui dit :
— Debout, trainée ; debout ! Qu’est-ce que tu crois qu’on fait, là ? On fait une interview !