La nuit, une impasse déserte à L.A., sous le halo blafard d’un réverbère. Il fait une chaleur d’août. Harry Tickler a arrêté sa collègue pour l’interviewer devant un mur recouvert de tags. Le trottoir pue l’urine, les légumes pourrissant et les sacs-poubelle gavés de têtes de poisson d’un restaurant japonais dont c’est la porte de derrière. Un chien errant se promène en reniflant le sol. La petite journaliste se cambre dos au mur ; Harry pose la paume de sa main à côté de sa joue, et reste comme ça, le bras en appui, près d’elle. Elle n’est pas grande, il pourrait pratiquement manger sur sa tête.
— Dis quelque chose la première.
— D’habitude, c’est moi qui pose les questions, mon chéri.
— Ce soir, c’est moi ; tu crois que tu pourras t’en accomoder ? Bon ; jouons à découvert, pas de faux-semblants, c’est d’accord ?
Elle hoche la tête. La ville gronde en sourdine malgré l’heure avancée, car L.A. ne dort jamais.
— On n’est pas bien, là ? demande Harry.
Elle regarde à droite.
— Bon ; pas de morsure ?
Elle le regarde en ouvrant des yeux et se marre.
— Ben non !
— Pas de griffure ?
Elle se marre encore.
— Ce n’est pas drôle, petite ; si un zombie t’avait contaminée, il faudrait que je te défonce le crâne avec quelque chose de contondant.
— Ou-ouh, fait-elle en souriant. Écoute, mon dernier amant m’a bien mordu les tétons, si tu veux savoir ; il m’a même griffé les seins ; mais il n’avait rien d’un mort ; au contraire, il était plein de vie.
— Il y a longtemps ?
— À peine deux heures, mon chéri.
— Pas de mauvaise rencontre depuis ?
— Si ; Phyllis. Il y a une heure, un peu avant qu’on se rencontre tous les deux, je l’ai croisée dans les cabines d’essayage de la boutique Versace, sur Venice boulevard.
— Était-elle normale ?
— Non ; bien-sûr que non ; Phyllis n’est pas normale. Elle a une langue de dix centimètres qui fait grimper au rideau.
Elle se penche pour se masser le pied.
— C’est une obsession chez toi, les blessures ?
— Les plaies, c’est la plaie, à cause des zombies ; mais c’est moi qui pose les questions, ne l’oublie pas.
Elle a un sourire furtif, et ensuite regarde à gauche. Harry, lui, la dévore des yeux.
— Vas-y ; je t’écoute.
— À quelle heure ferme-t-on la boutique Versace pour que tu en ressortes à peine ?
— À une heure du matin ; on est samedi soir.
— Mh hm ; tu aimes ça, faire du shopping ?
— J’ai de l’argent ; je ne me prive de rien. Et puis j’anime des shows à la télé ; je dois m’habiller. Enfin, j’adore me caresser dans les cabines, en laissant toujours le rideau entrouvert pour qu’on me voie. Des fois, un client me rejoint, et on fait ça à deux ; ça m’excite terriblement. Samedi dernier, j’étais tellement sur des charbons ardents que j’ai crié ; puis quand le vigile est venu pour me chasser, je l’ai sucé jusqu’à ce qu’il perde les pédales et qu’il crie à son tour ; c’était fantastique !
Harry sort une cigarette du paquet froissé qu’il garde dans la poche de sa chemisette, et l’ayant allumée, il demande :
— Tu es humaine, c’est bien sûr ?
— Est-ce que par hasard les vénussiennes seraient aussi bandantes que moi ? répond-elle en posant sa petite main sur son sexe.
Ça et ses talons-aiguille qui la cambre atrocement, il n’en faut pas plus pour qu’il lui vienne l’eau à la bouche. Il la déshabille des yeux, et au vu de la jupe de collégienne et du corsage taille dix ans qui la vêtent sans vraiment l’habiller, il n’y a pas lourd à retirer.
— Sais-tu, ma douce, que te « déshabiller des yeux » est une pure perte de temps ?
— Tu as entièrement raison, dit-elle en retirant son corsage par la tête.
Dessous, elle porte un mini soutien-gorge en dentelle blanche qui tranche sur sa peau hâlée. À la façon dont ils ont jaillie, ses deux air-bags semblent s’être déclenchés en même temps, des air-bags de Mercedes d’ailleurs, et l’agraphe qui rattache les parties de la dentelle subit visiblement une tension énorme.
— Ils n’avaient pas ta taille chez Versace ?
— Ouais ; j’ai dû rater le rayon énormes, dit-elle en dégraphant son soutien-gorge. Là ; ça va mieux.
Le tas de tissu à ses pieds grossit à vue d’œil ; un autre que Harry se serait déjà inquiété d’avoir autant de retard sur elle.
(ah suivre… : téléchargement sous Word, téléchargement en version html ; attention, lecture pour gens avertis !)
HARRY MANN
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